Marie-Thérèse et l'atelier du mardi matin à la maison communale
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Une inscription timide, un mardi de printemps
Marie-Thérèse a poussé la porte de la salle communale avec son sac à main serré contre elle. Elle avait 68 ans, un smartphone offert par sa fille et la conviction que tout cela n'était pas pour elle. C'est le service social de sa commune qui lui avait glissé le dépliant de l'atelier, dans le cadre du partenariat que nous construisons avec les communes de la région.
Je l'ai accueillie à la table d'entrée, avec une tasse de café. Elle m'a avoué qu'elle n'osait plus toucher à son téléphone depuis qu'un faux message l'avait effrayée. Je lui ai simplement dit qu'ici, personne ne se moque d'une question, et que le groupe comptait huit personnes au plus, justement pour que chacun ait de la place.
Elle s'est assise près de la fenêtre, a posé son appareil devant elle sans l'allumer, et a regardé les autres s'installer. Ce premier quart d'heure, où l'on ne fait presque rien, compte beaucoup : il permet de s'habituer aux lieux, aux visages et au rythme calme de la matinée.
Pourquoi un petit groupe change tout
Apprendre seul devant un écran, c'est souvent apprendre dans l'inquiétude. En groupe, on découvre que son voisin bute sur le même bouton, que la même fenêtre surgit sans prévenir chez tout le monde. Cette découverte allège énormément. Marie-Thérèse l'a dit elle-même à la pause : elle croyait être la seule à ne pas comprendre.
Nous limitons le nombre de participants pour pouvoir passer de table en table. Chacun garde sa propre tablette ou son propre téléphone, car c'est avec son appareil que l'on rentre chez soi. Je ne manipule jamais à la place de la personne : je montre, je laisse essayer, je reviens un peu plus tard vérifier.
L'atelier se tient en commune ou au CPAS, dans des lieux que les participants connaissent déjà. On n'y vient pas comme à un cours, mais comme à un rendez-vous de quartier, ce qui désamorce bien des appréhensions.
- Huit participants au plus par séance
- Chacun travaille sur son propre appareil
- Une pause café au milieu de la matinée
Le déclic : ouvrir sa banque en ligne, à son rythme
À la troisième séance, nous avons abordé l'accès à la banque en ligne. Marie-Thérèse redoutait ce moment plus que tout. Nous avons procédé lentement : retrouver l'application, comprendre ce que demande chaque écran, repérer ce qui est normal et ce qui doit alerter. Les guides pas à pas servent alors de fil conducteur, mais le groupe fait le reste.
Quand elle a vu son solde apparaître, elle a eu un petit rire gêné, puis elle a relevé la tête vers moi. Je n'ai rien dit de spécial. Je lui ai demandé de refaire le chemin une seconde fois, seule, pendant que je m'occupais de la table voisine. Elle y est arrivée sans appel à l'aide.
C'est le but de ces matinées : que la personne reparte avec le geste dans les doigts, pas avec une explication dans la tête. Une démarche refaite deux fois seule vaut mieux que dix démonstrations regardées de loin.
Ce que le groupe apporte en dehors de l'écran
Il se passe dans ces salles autre chose que de l'apprentissage. Marie-Thérèse a découvert qu'une voisine de deux rues plus loin vivait la même situation. Elles ont pris l'habitude de s'asseoir côte à côte, de s'échanger leurs trouvailles et de se rassurer mutuellement avant les démarches un peu délicates.
L'isolement numérique est souvent doublé d'un isolement tout court. Quand on ne se sent plus capable de suivre, on se retire, on n'ose plus demander. Le groupe renverse doucement cette pente : on a une raison de sortir un mardi matin, quelqu'un qui remarque votre absence, un sujet de conversation qui n'est pas la météo.
Sa fille, qui habite loin, m'a confié qu'elle sentait sa mère plus légère au téléphone. Elle n'appelait plus pour demander de l'aide, mais pour raconter ce qu'elle avait réussi à faire dans la semaine.
Ce que Marie-Thérèse sait faire aujourd'hui
Au terme des séances, Marie-Thérèse n'est pas devenue une experte, et ce n'était pas l'objectif. Elle consulte ses comptes seule, reconnaît un message douteux et sait qu'elle peut s'arrêter avant de cliquer. Elle connaît surtout le réflexe le plus précieux : ne rien faire dans la précipitation, demander quand le doute s'installe.
Elle revient parfois à l'atelier, non plus comme participante en difficulté, mais pour montrer un tour à un nouveau venu. Cela fait partie de l'esprit de la démarche : transmettre à son tour consolide ce que l'on a appris et redonne une place utile à chacun.
Je note toujours en fin de cycle ce que chaque personne souhaitait au départ et ce qu'elle sait faire à la fin. Chez elle, la liste de départ tenait en une ligne ; celle d'arrivée remplit une demi-page.
- Consulter ses comptes sans aide
- Repérer un faux message avant de cliquer
- Demander conseil sans gêne en cas de doute
Organiser un atelier dans votre commune
Les ateliers naissent presque toujours d'un contact avec un service local : un CPAS, une maison communale, une mutualité. Mon rôle est de trouver avec eux une salle adaptée, un créneau calme et un public réellement intéressé. Nous préférons commencer petit, avec un cycle de quelques séances, plutôt que de promettre un grand programme.
Si vous êtes agent communal, travailleur social ou simplement voisin attentif, vous pouvez nous écrire par le formulaire de la page Contact. Nous regardons ensemble ce qui est possible, sans engagement et sans jargon. Chaque commune a ses habitudes, et l'atelier se construit autour d'elles.
Pour les participants, aucun prérequis : il suffit de venir avec son appareil, même ancien, et l'envie d'essayer. Le reste se fait ensemble, tranquillement, au rythme de la personne la plus prudente du groupe.
L'histoire de Marie-Thérèse ressemble à celle de bien d'autres participants : un départ hésitant, un groupe qui rassure, puis des gestes qui s'installent à force de les refaire. Ces matinées ne remplacent pas la pratique de chez soi, elles la rendent possible. En ces premières semaines d'été, plusieurs salles restent ouvertes pour de nouveaux cycles, et chacun peut y trouver sa place au bon rythme.
Nadia Peeters
Nadia travaille avec les communes, les CPAS et les mutualités pour organiser des ateliers près de chez vous.